Un éco-score pour les meubles, sur le modèle du nutriscore, est-il envisageable ?

by Grégoire GERARD

Les français sont de plus en plus soucieux de l'impact environnemental de leurs achats et de nombreuses initiatives émergent : Yuka lance une notation environnementale des produits alimentaires, Décathlon est un pionnier en la matière et les machines à laver, notées depuis 2011, ont fait leur révolution en 2021.


En revanche, pour le secteur du mobilier, il est quasiment impossible d'avoir une information claire, fiable et sincère ...Pourquoi seules nos machines à laver sont-elles notées ? 


Afin de répondre précisément à cette question, sur laquelle je travaille depuis quelques mois, nous allons vous expliquer  : 

  1. Comment est calculé un éco-score ?
  2. Quels sont les freins identifiés sur le secteur de l’ameublement ?
  3. Quelles sont les solutions qui existent et les labels à favoriser ?
 impact écologique d'un canapé

Comment se calcule un éco-score  ?

L’objectif d’un score calculé sur l’impact environnemental est d’informer de manière simple le consommateur (avec une note de A à E) pour lui permettre de comparer des produits entre eux. 


Pour parvenir à ce résultat, les scientifiques s’accordent sur une méthode : l’Analyse du Cycle de Vie (ACV). Elle permet en effet de calculer l’impact de chacune des étapes de la vie d’un produit, de sa création à sa fin de vie :

Roue cycle de vie

Source : Save4Planet | Roue d’analyse du cycle de vie

Pour l’exemple bien connu des voitures électriques (voir le très bon article de mylittlecarbon) l’éco-score intègre donc la partie “extraction des matières premières”, “fabrication” et “fin de vie” des batteries dans le calcul des émissions de CO2. Nous comparons donc les produits dans leur globalité.

Concrètement, pour le mobilier : 

L’impact de chacune des phases de la roue du cycle de vie d’un produit est évalué sur trois critères : 

  • les émissions de CO2 (effet de serre) : Quel est l’impact de ce meuble sur le réchauffement climatique ? 
  • les émissions de soufre (acidification de l’air) : Ce meuble entraîne-t-il des dysfonctionnements climatiques (pluies acides, disparitions d’espèces végétales…) ? 
  • les émissions d’azote (eutrophisation de l’eau) : Ce meuble entraîne-t-il une pollution de l’eau et l'apparition d’algues vertes par exemple ?

Cette évaluation permet, pour chaque produit noté, d’affecter des valeurs d’impact pour les 3 postes (effet de serre, acidification de l’air, eutrophisation de l’eau). 

Ces valeurs sont ensuite comparées avec d’autres produits équivalents afin de les classer les uns par rapport aux autres. 

Pour simplifier la présentation, prenons une base 100 comme valeur moyenne d’impact. Ce tableau ci-après montre de manière schématique comment passer d’une donnée chiffrée à un éco-score :

Calcul d'un éco-score

 

Quels sont les freins identifiés sur le secteur de l’ameublement ? 

Avant toutes choses, un constat s’impose : Il y a 99% de chance pour que vous soyez incapable d’estimer l’impact environnemental de la chaise sur laquelle vous êtes assis.

ET C’EST NORMAL, il est presque impossible d’avoir accès à une information claire, transparente et comparable.

ET ÇA, CE N’EST PAS NORMAL, nous avons pourtant l'information des  matières composant cette chaise, si l'on creuse un peu, nous devrions trouver son origine, savoir comment elle est fabriquée et quel impact cela génère sur la planète....non ?

Anecdote impact environnemental canapé

Eco-score : des contraintes d’ordre technique

Afin d’aboutir à un éco-score les étapes sont assez nombreuses et les industriels ou les distributeurs doivent, dès la conception du produit, récolter les informations nécessaires relatives : 

  • à la nature des matières premières (bois, aluminium, plastique…) et leurs pays de provenance
  • aux modes de transports utilisés et distances parcourues par chaque pièce
  • aux pays d’assemblage, avec leurs mix énergétiques
  • aux différents taux de chutes et leurs recyclabilités
  • aux modes de distribution, kilomètres parcourus jusqu’aux clients finaux...


Il est donc quasiment impossible, pour un distributeur achetant ses meubles en container depuis l'Indonésie, de calculer un éco-score…. mais a-t-il vraiment intérêt à le calculer ? Nous avons en réalité assez peu de doutes sur la note finale...

 

Eco-score : des contraintes en matière de connaissances

La mise en place d’analyses du cycle de vie ne peut pas être effectuée en interne par un commercial, un comptable ou un responsable marketing. Une formation spécifique est nécessaire et des ingénieurs spécialisés doivent être intégrés aux effectifs de l’entreprise. 

Une autre solution est de sous-traiter ce calcul mais le résultat est le même : la mise en place d’un éco-score est souvent perçu comme un coût par l’entreprise...pour l’instant sans demande de la part de ses clients.

 

Eco-score : un risque business

Effectuer une notation de ses produits, c’est prendre le risque d’obtenir une note qui ne convient pas aux attentes clients. Et dans ce cas, l’impact business est fort. 

L’ADEME montre, dans son étude sur le pré-déploiement de l’affichage environnemental que : 

  • 2/3 des consommateurs trouvent l’éco-score facile à comprendre
  • 35% des consommateurs ne sont pas capables d’acheter un meuble noté C, D ou E


En conclusion, les contraintes sont en réalité principalement financières et techniques et tant que l’affichage environnemental restera un dispositif volontaire trois grandes solutions se proposeront :

Quelles sont les solutions existantes et les labels à favoriser ?

Aujourd’hui, et par ordre croissant de fiabilité, trois grands types de solutions sont mises en place par le secteur : l’autodéclaration, les écolabels et les éco-profils.

 

L’autodéclaration

Dispositif sous la responsabilité du déclarant et ne disposant pas d’un contrôle extérieur. L’autodéclaration est souvent une étape préalable à la certification et est souvent sincère. Il convient toutefois de vérifier le périmètre couvert et la méthodologie utilisée afin de ne pas se faire piéger par des stratégies de greenwashing.

Exemples auto-déclaration

 

Notre astuce pour repérer les entreprises réellement engagées : n’hésitez pas à envoyer un mail avant achat demandant plus de détails sur la composition d’un produit. Les marques avec qui nous travaillons répondent rapidement et en toute transparence…pour les autres les réponses sont toujours vagues ou tardives ;)

 

Les écolabels

eco labels

Ce sont les référentiels du secteur. Ils assurent un niveau d’exigence fort en termes de limitation des impacts des meubles sur l’environnement et la santé, tout en maintenant une bonne solidité des produits.

En fonction des produits les critères peuvent changer mais l’exigence reste la même : des biens de qualité avec un impact minimal.

Les limites des labels : ils sont souvent très chers à mettre en place, ce qui bloque les petits fabricants et sont difficiles à comparer entre eux.

Notre recommandation : favoriser les entreprises avec une page “nos engagements” bien fournie… voir cellesutilisant le référentiel B-Corp, ce dernier étant dynamique et global.

Les éco-profils

Ils sont le résultat d’une analyse complète du cycle de vie et sont donc très lourds à mettre en place. L'objectif de ces éco-profils est de donner des pistes d'améliorations de conception aux producteurs engagés, mais la démarche reste souvent interne.

Notre avis : De très bons outils pour les industriels engagés mais globalement un dispositif de technicien, incompréhensible pour le consommateur.


En conclusion, il reste encore beaucoup de travail avant d’aboutir à un outil simple, clair et comparable pour le consommateur.

La bonne nouvelle ?  

L’agence pour la transition environnementale (ADEME) a développé une base de données très fiable (la base IMPACTS, utilisée par Yuka par exemple pour l’écoscore alimentaire) afin d’évaluer l’impact de tous les matériaux, tous les transports, toutes les énergies utilisées, un travail de titan. 

Le socle technique existe donc !

Et même si la loi Climat et Résilience n’a pas consacré l’affichage environnemental comme un dispositif obligatoire, il est possible de faire bouger les lignes.

La TRÈS. bonne nouvelle ? 

Nous sommes convaincus de la nécessité d’un éco-score du meuble et prenons le sujet à bras le corps : nous lançons une campagne de crowdfunding dédiée à la mise en place de l'éco-score du meuble afin de faire avancer au plus vite ce TRÈS. beau projet.

 

Vous êtes tout aussi convaincu que nous ? Aidez-nous ! 


Laissez un commentaire

Ce site est protégé par reCAPTCHA, et la Politique de confidentialité et les Conditions d'utilisation de Google s'appliquent.